Dirigeants africains et européens se sont rencontrés lors du 7ème Sommet Union Européenne-Union Africaine (EU-UA), qui s’est tenu le 25 novembre 2025 à Luanda, dans le but de renforcer des liens rendus nécessaires par une géopolitique en pleine évolution et une intensification de la concurrence internationale. Le sommet était aussi l’occasion de célébrer le 25ème anniversaire de la création du partenariat entre l’UE et l’UA.
Contrairement aux sommets précédents, les dirigeants des deux côtés de la Méditerranée étaient cette fois-ci confrontés à un monde qui a subi de profonds changements depuis leur dernière Vision Commune au début de l’année 2022. À l’époque, la guerre en Ukraine et une série de coups d’État à travers le Sahel n’avaient pas encore entièrement réajusté les priorités mondiales. En 2025, l’Europe semblait de plus en plus préoccupée par des questions de sécurité la touchant plus particulièrement, alors que l’Afrique continuait d’être en proie avec de violents conflits dans certaines de ses régions.
Par ailleurs, pour beaucoup d’africains, et en particulier pour la jeunesse en pleine croissance démographique, il ne s’agit plus seulement de savoir pourquoi ces sommets continuent d’avoir lieu, mais de comprendre la manière dont les engagements annoncés se traduisent dans leur vie quotidienne.
Comprendre l’impact de la concurrence mondiale sur l’Afrique
Aujourd’hui l’Afrique se trouve au cœur de partenariats bilatéraux et trilatéraux à double emploi. Depuis le début des années 2010, le continent est devenu le site d’une nouvelle bataille géopolitique. Le premier sommet entre l’Afrique et l’Union européenne s’est tenu au Caire, au mois d’avril 2000, suivi par celui à Lisbonne, en 2007. Les sommets UE-UA suivants ont reflété les nouvelles réalités mondiales, notamment à travers des engagements communs en matière de climat en 2010, du lancement de la Feuille de route Afrique-UE en 2014, de la reconnaissance de l’Agenda 20230 des Nations Unies, de l’Accord de Paris, et de l’Agenda 2063 de l’Afrique en 2017.
En parallèle, l’Afrique a participé à des conférences bilatérales impliquant d’autres pays, telles que le Forum sur la coopération sino-africaine et des sommets avec la Russie, la Turquie et les EAU, marquant une compétition de plus en plus intense à la recherche de marchés, ressources et influence sur le continent. Dans une vidéo publiée sur YouTube, Comfort Ero, présidente-directrice générale de International Crisis Group, a qualifié l’Afrique de « centre de gravité défaillant, qui ne dispose pas de l’architecture de gouvernance dont elle a besoin ».
Dans la pratique, ces coopérations ont donné lieu à un paysage d’engagement fragmenté, où les puissances étrangères négocient et exercent leur influence pays par pays, et les états africains forment des alliances afin de répondre aux pressions internes et géopolitiques.
L’évolution des rapports de force en Afrique
Les retombées sont mitigées pour les acteurs internationaux, telles que l’effondrement de l’influence de la France à travers une grande partie du Sahel, provoqué par un renforcement de relations bilatérales du Mali, Burkina Faso et Niger avec la Russie, à la suite d’une succession de coups d’État militaires.
D’autres puissances présentent des tendances similaires. La présence de longue date de la Chine en Afrique rivalise à présent plus ouvertement avec les moyennes puissances et des États du Golfe tels que l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), qui étendent leur pouvoir financier dans des pays comme la République de Djibouti et le Soudan, à un niveau généralement comparable à celui des superpuissances mondiales traditionnelles.
Les EAU, l’un des acteurs internationaux les plus engagés en Afrique de l’Est, travaillent actuellement sur des projets évalués à environ 59,4 milliards de dollars américains, devenant ainsi la quatrième source de capital en Afrique, après l’Union européenne, la Chine et les États-Unis. Néanmoins, des experts ont relié l’émergence de conflits en Libye et au Soudan à certains aspects de la présence des Émirats, laquelle, comme il est précisé dans Space Journal, risque de prolonger l’instabilité dans la région.
Par ailleurs, l’Inde a aussi renforcé son rôle économique en Afrique, tout en suivant une trajectoire différente. Depuis 2003, les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique atteignent en moyenne 18 % par an, soit environ 103 milliard de dollars américains en 2023, la positionnant parmi les plus importants partenaires commerciaux de l’Afrique avec l’Union européenne et la Chine.
Les États-Unis quant à eux ont adopté une approche plus sélective en matière d’engagement bilatéral, en particulier concernant l’accès à des minéraux de grande importance, comme notamment l’accord d’un prêt de 553 millions de dollars pour le développement d’un corridor de transport entre la ceinture cuprifère congolaise et le port angolais de Lobito.
L’importance de l’Afrique
L’Afrique détient 60 % du potentiel solaire mondial et près de 30 % des réserves minérales. Avec 70 % de ses habitants âgés de moins de 30 ans, elle est aussi le continent le plus jeune au monde.
Selon les projections démographiques mondiales publiées par les Nations Unies, la population africaine devrait doubler entre 2020 et 2050, passant de 1,3 à 2,5 milliards d’habitants. Elle devrait aussi augmenter de plus de la moitié durant la seconde moitié de ce siècle pour atteindre près de 3,9 milliards d’ici 2100, lorsque le continent comptera à peu près le même nombre d’habitants que l’Asie, et sera équivalent à la population mondiale recensée en 1975. Plus d’une personne sur trois vivant sur la Terre en 2100 sera d’origine africaine.
Le reste du monde ne convoite pas seulement les ressources minérales et marchés de l’Afrique, mais aussi ses espaces informationnels. Les médias d’État chinois et russes, tels que CGTN, Xinhua, Russia Today, et Sputnik se disputent les auditoires africains aux côtés de chaînes occidentales telles que la BBC et CNN, Al Jazeera (financée par le Qatar), Hausa TV,(iranienne), Deutsche Welle, (allemande) et TRT Afrika (turque et diffusée en plusieurs langues).
La lutte de l’influence en Afrique semble porter autant sur les discours que sur le pouvoir.
Représentation des jeunes et omissions au sommet 2025
Malgré de grands discours concernant une vision commune de l’avenir lors du sommet, l’Union européenne et l’Union africaine divergent encore sur certains points. Bien que, selon l’UA, 2025 devait être l’Année des Réparations, l’engagement de l’Europe est resté en grande partie cantonné à une prise de conscience au lieu d’actions. L’appel de l’Afrique en faveur d’une justice historique semble manquer de la clarté institutionnelle et du sérieux politique nécessaires pour susciter un engagement significatif, tandis que son homologue européen continue d’aborder les questions de responsabilité historique avec prudence et hésitation.
Cette disparité était également visible dans la participation politique du sommet.
Lors d’une discussion avec Global Voices en marge du sommet, Alma Jokinen, jeune envoyée spéciale de la Finlande auprès de l’Union européenne, s’est interrogée sur les personnes présentes à la table des négociations
À ma connaissance, je suis la seule jeune déléguée faisant partie d’une délégation nationale, la seule représentante officielle des jeunes. Par ailleurs certaines des personnes qui couvrent le sommet de la jeunesse sont plus âgées… Je souhaite qu’à l’avenir, il y ait beaucoup plus de jeunes présents. Ce manque de représentation illustre une tendance générale au sein des relations entre l’UE et l’UA, dont les paroles ambitieuses autour de l’intégration et de partenariat intergénérationnel sont encore inconciliables avec les pratiques institutionnelles qui marginalisent ceux-là mêmes censés bénéficier des retombées de ces accords.
Sources : GlobalVoices
